Le groupe Cyrus vient de finaliser l’arrivée de PAI Partners en tant qu’actionnaire majoritaire. Avec l’appui de ce nouveau fonds, son président, Meyer Azogui, affiche de forte ambition de développement pour les années à venir, tant en termes de croissance externe qu’organique, mais aussi pour la distribution de solutions en BtoB.
Investissement Conseils : Vous venez de finaliser l’entrée à votre capital de PAI Partners. Quels sont vos objectifs ?
Meyer Azogui : Avec PAI Partners, nous entamons un nouveau cycle de notre développement dans le secteur de la gestion privée, qui se porte toujours bien et qui reste en pleine ébullition. Pour mener à bien ce challenge, nous avons renforcé notre équipe de direction avec les nominations de : - David Intins, promu au poste de directeur général de notre structure de Wealth Management, Cyrus Herez ; - Jonathan Donio, qui a pris la présidence d’Eternam, succédant à José Zaraya, nommé président d’honneur d’Eternam ; - et Pauline Hampartzounian, nommée directrice de Mirae, notre nouvelle marque dédiée à la conception et la distribution de produits structurés. Un nouveau directeur général groupe va nous rejoindre très prochainement pour piloter l’équipe de direction. Alors que la part de marché des CGP n’atteint encore que 8 % en France, notre objectif est toujours de renforcer l’émergence de ce segment de distribution, notamment sur les clients les plus fortunés, pour créer le meilleur des deux mondes entre les banques privées et les CGP. La singularité du groupe Cyrus est double, d’une part un modèle entrepreneurial très poussé, avec plus d’un collaborateur sur deux qui est actionnaire, et, d’autre part, le mariage de la distribution et production au travers de nos manufactures. Ce modèle original nous permet de préserver notre architecture ouverte : seuls 15 % des actifs de nos clients sont gérés via ces sociétés. Nous sommes désormais équipés sur l’ensemble des classes d’actifs – Amplegest pour les actifs cotés (5,5 milliards d’euros d’encours et soixante-cinq collaborateurs, dont quinze gérants), Flandrin qui, sur le marché des actifs privés, nous permet de réaliser des co-investissements et de sélectionner des opportunités parmi l’ensemble des classes d’actifs du non-coté, Eternam sur l’immobilier (trente collaborateurs et 1,6 milliard d’euros d’encours) et Mirae sur les produits structurés. Plus nous grandissons, plus nous sommes attachés à conserver le « génome » de ce qui a fait la réussite du marché des conseillers en gestion de patrimoine : l’architecture ouverte, l’ingénierie patrimoniale accessible, l’approche globale, la réactivité, l’esprit entrepreneurial, la pérennité des interlocuteurs… À ce titre, 70 % des gérants privés et des gérants de fortune sont actionnaires : cela est primordial pour construire une relation durable avec nos clients. Ce sont toutes ces spécificités qui ont permis aux CGP de créer notre segment de marché et qui l’ancrent durablement dans le paysage de la gestion privée en France depuis bientôt quarante ans ! Nous répondons à une demande et à une typologie de clients mal servie par les banques privées, c’est-à-dire celle dont les actifs se situent entre 1 et 10 millions d’euros. Servir de façon qualitative cette clientèle suppose une agilité et des moyens très importants et donc de continuer à grandir, aussi bien sur notre cœur d’activité qu’est le Wealth Management, que sur nos manufactures, sans oublier la nécessité d’investir dans notre digitalisation et l’intégration de l’IA qui viennent renforcer l’expérience client et libérer du temps à nos gérants privés.
Pourquoi avez-vous opté pour PAI Partners comme partenaire financier ?
Lors de notre process, nous avions, en effet, reçu plusieurs offres, et celle de PAI Partners était celle qui nous correspondait le mieux pour plusieurs raisons. Il s’agit d’un acteur européen de taille et en plus français, donc qui partage notre culture et dont le centre de décision se situe à quelques centaines de mètres de notre siège. PAI Partners est aussi un acteur industriel qui sait accompagner le développement de marques et l’internationalisation de l’activité des sociétés de leur portefeuille. Par ailleurs, nous estimons qu’il est trop tôt pour nous associer à un acteur industriel de notre marché. Nous avons encore beaucoup à créer et besoin de grandir pour que notre groupe conserve sa singularité, quel que soit son actionnariat. Cyrus ne pèse en effet que 1 % du marché de la clientèle dont les actifs confiés sont supérieurs à 250 000 euros.
Avec ce nouveau LBO, vous perdez la majorité… C’est la loi des mathématiques ! Bien que Patrick Ganansia et moi conservions 60 % de nos actions, entre les sorties des investisseurs institutionnels à 100 % et les départs à la retraite de certains salariés, PAI détient désormais 56 % de notre capital. Je précise qu’aujourd’hui, ce sont tout de même trois cents collaborateurs du groupe qui sont associés, dont une centaine de nouveaux à l’occasion de ce LBO, et la gouvernance opérationnelle reste assurée par Patrick et moi dans le cadre de notre partenariat. Ce qui nous a rapprochés de PAI Partners, c’est notre croyance forte à la construction d’une marque premium dans le domaine du Wealth Management en France et à son potentiel de développement en Europe. Avec la force de notre « génome de conseillers en gestion de patrimoine », nous sommes persuadés que nous avons un rôle à jouer dans la redistribution des cartes entre les acteurs traditionnels pour accompagner la mutation de notre secteur.
Votre développement reposera-t-il encore à la fois sur la croissance organique et la croissance externe ?
Bien sûr, il serait dangereux de se reposer uniquement sur une stratégie d’acquisitions. La croissance organique est indispensable, elle est le signe de la vitalité d’une entreprise ! En 2025, nous avons ainsi collecté plus de 1,7 milliard d’euros. Cela passe par des recrutements. Dans la gestion de patrimoine, la valeur d’une entreprise repose sur la valeur de ses hommes, même si la marque sécurise l’investisseur. Sur les quatre premiers mois de l’année, nous avons attiré quatorze gérants privés seniors, et notre plan de recrutement est ambitieux. En outre, notre croissance repose également sur la montée en gamme de nos clients, lesquels nous confient une part toujours plus importante de leur patrimoine et sur l’ensemble de nos verticales. Nous comptons également créer de nouveaux bureaux (vingt-sept actuellement) et en renforcer certains. Du côté de la croissance externe, elle portera essentiellement sur le marché du Wealth Management. Nous resterons très sélectifs, en nous associant avec des professionnels qui partagent notre ADN et avec qui des synergies pourront être mises en place. Nous estimons que la consolidation va devenir plus exigeante. Nous recherchons des cabinets qui pourraient être totalement intégrés ou des structures qui conserveraient leur autonomie et leur marque, comme Ciméa dans l’Ouest, Option Patrimoine à Toulouse ou encore DLCM Finances à Limoges. Nous pourrions également nous rapprocher des acteurs de la consolidation, car nous estimons que les prochaines années vont être celles qui vont déterminer les gagnants et les perdants de la première vague de concentration du marché et qu’il faut aller relativement vite.
Pour quelles raisons pensez-vous que la consolidation va devenir plus exigeante ?
Si les valorisations des cabinets se sont stabilisées, le coût de financement reste élevé. Jusqu’ici l’accumulation de stocks suffisait à créer de la valeur. Désormais, sans synergie, il n’y a aucun intérêt à réaliser de la croissance externe. Chez Cyrus, les synergies de coûts ne nous intéressent pas, nous recherchons des cabinets qui nous permettraient de déployer des synergies de revenus et surtout des synergies de savoir-faire en tirant profit de la qualité et la profondeur de notre offre. Beaucoup de conseillers en gestion de patrimoine ont une maturité et un savoir-faire de très grande qualité, mais n’ont pas le temps, ni les moyens de développer une clientèle plus exigeante, comme l’est celle des entrepreneurs. En s’adossant à Cyrus, ils en auront les moyens, tout en participant à une aventure entrepreneuriale passionnante.
Un mot sur votre ouverture sur l’Europe ?
Il s’agit tout d’abord d’accompagner nos clients français à l’étranger, dans un premier temps en Europe francophone (Belgique, Luxembourg et plus particulièrement la Suisse), mais aussi de servir une clientèle plus internationale. Actuellement, la consolidation s’opère pays par pays, mais certains acteurs internationaux, qui comptent plusieurs centaines de milliards d’euros d’encours, commencent à élargir leur terrain de jeu. En comparaison, le groupe Cyrus est encore petit et nous comptons d’abord renforcer notre ancrage national. Néanmoins, nous avons l’intention de pouvoir rivaliser avec eux le jour où ils décideront de s’installer en France et comptons donc faire partie des quelques acteurs qui consolideront le marché européen dans les dix prochaines années.
Pourriez-vous renforcer vos usines produits ?
Oui, s’il s’agit d’acquérir des « niches » ou si ces entreprises disposent d’une clientèle privée car nous sommes avant tout des distributeurs. C’est dans cette optique que nous avions racheté Amplegest, un acteur du Wealth Management disposant d’une société de gestion. Pour autant Amplegest bénéficie d’un savoir-faire spécifique qu’elle décline au travers de fond de niche, comme son approche Pricing Power qui a collecté 100 millions d’euros nets l’an passé, et qui est à même d’être distribués à toutes les typologies d’investisseurs externes.
Vous avez également lancé votre marque dédiée aux produits structurés, Mirae. Pour quelles raisons ?
Il s’agit de donner un nom à une expertise que nous développons depuis plus de quinze ans et qui, avec une équipe très talentueuse, dispose de ses propres outils pour concevoir et suivre des solutions d’investissements robustes. Notre crédibilité et notre sérieux sont reconnus et nous avons la capacité de référencer des produits chez l’ensemble des assureurs. Aujourd’hui, les produits structurés représentent environ 12 % de nos encours, avec une approche très diversifiée et sécurisée de la classe d’actifs. En créant une marque, notre volonté est d’affirmer ce savoir-faire vis-à-vis d’investisseurs externes, même si certains s’alimentaient déjà chez nous.
Quelles sont vos ambitions en matière de distribution externe ?
Nous avons acquis nos savoir-faire au fil du temps, en renforçant progressivement nos expertises. Nos manufactures sont légitimes pour s’adresser aux clients de nos confrères, mais aussi à des banques privées ou aux investisseurs institutionnels. D’ailleurs, il n’est pas rare que nous distribuions des opérations via certains autres consolidateurs et inversement. Nous concevons actuellement une marque qui, via une plate-forme technologique, permettra l’accès à l’ensemble de nos expertises. Nous avons de fortes ambitions, puisque sur nos 22 milliards d’euros d’encours, seulement 1,5 milliard d’euros sont gérés pour le compte d’investisseurs externes, essentiellement via Amplegest, mais également au travers d’Eternam ou encore Flandrin. Quels sont vos objectifs à moyen terme ? Les mêmes depuis trente-sept ans : créer une marque réflexe dans le domaine de la gestion privée pour des clients directs et indirects (BtoBtoC). Nous visons une croissance à deux chiffres. S’agissant de nos encours, on a coutume de dire que l’objectif d’un LBO est de doubler de taille, objectif que nous avions largement dépassé avec notre précédent actionnaire Bridgepoint en passant de 4,5 à 20 milliards d’euros. L’objectif est donc ambitieux, mais notre marché, bien que plus exigeant, est dans une phase d’accélération. Patrick Ganansia et moi, qui sommes des pionniers de cette industrie, avons réinvesti à hauteur de 60 %, ce qui est la preuve que nous croyons fortement en notre modèle. Cyrus est une aventure passionnante.
