Peu importe ce que proclament les climatosceptiques, la transition énergétique est inéluctable. La question de l’énergie renouvelable est dorénavant au centre des préoccupations du consommateur, des entreprises et des gouvernements.
L’enchaînement des crises géopolitiques, de l’Ukraine au Moyen-Orient, nous rappelle durement l’urgence de produire une énergie abondante et locale. Même si elle reste le fondement de la transition énergétique, la lutte contre le changement climatique est passée au second plan. Le risque économique et politique d’une énergie chère et la nécessité absolue de pallier une demande explosive sont aujourd’hui les enjeux prioritaires. Aujourd’hui, 80 % des régions du globe sont nettes importatrices d’énergie. La réduction des livraisons de gaz russe, qui représentaient près de 40 % des importations européennes avant 2022, a fait flamber le gaz de 300 % en quelques mois. Récemment, le conflit au détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial, a pratiquement fait doubler le prix du baril. Les automobilistes l’ont remarqué… Les gouvernements européens font aujourd’hui face à un double enjeu : sécuriser rapidement l’approvisionnement tout en accélérant le développement des énergies locales, donc bas-carbone, pour réduire la dépendance aux importations. A court terme, l’Europe s’est tournée vers le GNL américain pour remplacer ses importations de gaz russe. Parallèlement, elle a développé de nouvelles capacités éoliennes et solaires installées qui ont permis d’éviter la combustion de 92 milliards de mètres cubes de gaz et 55 millions de tonnes de charbon en 2024. Et pour la première fois, depuis 2025, les énergies renouvelables ont surpassé les énergies fossiles dans la production d’électricité.
La demande d’énergie explose
La demande d’énergie s’envole, portée par la croissance démographique, l’industrialisation et l’urbanisation dans les pays émergents et par la digitalisation dans les pays développés. L’essor de l’IA et des centres de données fait exploser la demande d’électricité.
Un centre de données hyperscale consomme au moins 100 MW de puissance continue, soit l’équivalent d’une ville moyenne. Les grands campus de centres de données consomment désormais plusieurs centaines de mégawatts, un niveau digne de l’industrie lourde. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la consommation des centres de données devrait « plus que doubler », d’ici 2030. En Virginie, la consommation des data centers pourrait représenter jusqu’à 60 % de la demande locale. Les contrats d’achat d’électricité sont à l’échelle de cette consommation colossale. En février 2026, Google a signé un contrat pour quinze ans avec Total-Energies au Texas pour 1 GW de capacité solaire. C’est le plus grand contrat photovoltaïque privé américain à ce jour, explicitement destiné à alimenter l’expansion des centres de données de Google. La réindustrialisation ou « re-shoring » fait également flamber la facture énergétique. L’Europe et les Etats-Unis rapatrient aujourd’hui une partie de leur production industrielle, préférant les circuits courts à la dépendance à des chaînes d’approvisionnement globales, de moins en moins fiables. Mais industrialiser demande beaucoup d’énergie. Selon les scénarios « Futurs énergétiques 2050 » de RTE, le rebond probable de l’activité industrielle pourrait accroître de 50 % la demande d’électricité d’ici 2050, dont plus de 60 TeraWh supplémentaires par an pour les usines en France. La solution passe aussi par les économies d’énergie, là où elles sont possibles. L’efficacité énergétique devient un enjeu technologique central. Dans le cas de l’IA, il faut réduire la consommation d’électricité, tout en maintenant, voire en augmentant, la puissance de calcul. Les nouveaux semi-conducteurs sont conçus pour accomplir des calculs en consommant moins d’énergie. Les puces développées par Broadcom et Marvell Technology limitent les pertes d’énergie lors du transfert et du traitement des données. Elles réduisent la chaleur produite, la consommation électrique et accélèrent le traitement des données. De leur côté, Applied Materials et ASML Holding jouent un rôle-clé en fournissant les équipements et technologies nécessaires à la fabrication de ces puces avancées. Grâce à leurs innovations, il est possible de produire des semi-conducteurs plus petits, plus rapides et moins gourmands en énergie. Ces avancées concrètes permettent ainsi de soutenir la croissance de l’IA, tout en maîtrisant l’impact énergétique des infrastructures numériques. Le secteur du bâtiment représente 40 % de la consommation d’énergie. La marge d’amélioration est énorme. Les solutions, technologies de chauffage et de refroidissement à haute performance, les matériaux d’isolation avancés et les systèmes de gestion intelligente de l’énergie, sont systématiquement intégrées dans les nouvelles constructions et sont progressivement mises en place dans l’ancien sous l’impulsion des gouvernements. TopBuild propose des solutions d’isolation sophistiquées. Trane Technologies développe des systèmes de chauffage, ventilation et climatisation capables d’ajuster automatiquement leur fonctionnement selon les besoins. Saint-Gobain conçoit des vitrages haute performance isolants, été comme hiver…
La production d’énergie renouvelable est très rentable
Les coûts du solaire et de l’éolien ont chuté respectivement de plus de 80 % et 45 % en une décennie. Produire un MWh d’électricité solaire est aujourd’hui, dans de nombreuses régions, moins coûteux que les alternatives fossiles. Economiquement viables, l’éolien et le solaire sont exploitables à peu près partout et répondent à l’enjeu stratégique d’indépendance énergétique. Au-delà du coût modéré, les énergies renouvelables sont rapides à mettre en œuvre. Il faut un an seulement pour mettre en place une centrale solaire, contre plus de dix ans pour une centrale nucléaire. Les grands projets d’énergies renouvelables se multiplient. Le projet Demini Solar + Storage Project de Primergy Solar au Nevada combine 690 MW de production solaire, avec 380 MW de capacités de stockage. A pleine puissance, il couvrira 10 % du pic de la demande d’électricité du Nevada. Le solaire à l’échelle industrielle est passé d’un rôle marginal à une importance systémique. Le projet SunZia Wind and Transmission, développé par Pattern Energy au Nouveau-Mexique, comprend 3,5 GW de capacité éolienne grâce à son parc comprenant plus de neuf cents éoliennes. Il comprend également une ligne de transmission qui s’étend sur 885 kilomètres pour relier le Nouveau-Mexique et l’Arizona. Il devrait fournir de l’électricité à trois millions de foyers américains. La Chine, premier émetteur mondial avec près de 30 % des émissions globales de CO2, a installé plus de 200 GW de capacités solaires en 2023. Sa dépendance au charbon devrait passer sous la barre des 50 %. Les entreprises qui réalisent ces infrastructures à grande échelle voient la demande exploser. NextPower, leader mondial des infrastructures solaires à grande échelle, ainsi que First Solar, plus grand fabricant américain de panneaux solaires bénéficiant d’une technologie offrant de meilleures performances en cas de forte chaleur ou de faible luminosité, ont le vent en poupe. Reste le problème de l’intermittence.
Le solaire et l’éolien sont tributaires de la météo, contrairement aux énergies fossiles. Pour garantir une distribution constante, les infrastructures doivent s’adapter, ce qui implique des capacités importantes de stockage et des technologies pour anticiper et piloter la production d’un site à l’autre. Le black-out majeur survenu en avril 2025 en Espagne et au Portugal nous montre que la qualité et la gestion du réseau sont aussi importantes que la production elle-même. Le diagnostic du groupement européen des opérateurs (ENTSO-E) est clair : le réseau espagnol n’a pas su anticiper les pics de tension ni les faibles variations de la fréquence et de la tension du réseau, la puissance n’a pas pu être adaptée, provoquant la déconnexion automatique de générateurs et les délestages en cascade. Le mix énergétique espagnol, majoritairement composé d’énergies renouvelables, n’y est pour rien. L’événement a souligné l’importance d’investir dans des équipements modernes, tels que les onduleurs de réseau « Grid-Forming Inverters » qui stabilisent la fréquence et la tension d’un réseau électrique. Il faut également assurer les interconnexions régionales pour pallier les éventuelles déficiences locales. L’expérience ibérique montre que la réussite de la transition énergétique dépend autant de la robustesse des infrastructures que de la capacité des opérateurs, des régulateurs et des gouvernements à anticiper, coordonner et piloter la transformation du système électrique. Bientôt, les systèmes de gestion pourront ajuster en temps réel la production, la consommation et le stockage d’électricité afin de maintenir l’équilibre des réseaux à majorité renouvelable.
Des énergies idéales ?
Les énergies renouvelables, en combinant durabilité, sécurité et accessibilité, seraient-elles les énergies idéales ? Difficile de se prononcer sans traiter le cas du nucléaire. Présenté comme une solution bas-carbone, le nucléaire souffre de coûts de production en forte hausse : + 50 % au cours des deux dernières décennies, alors que ceux des énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien ont fortement diminué. Plus grave, la construction d’une nouvelle centrale nucléaire coûte quatre fois plus cher qu’une centrale renouvelable. Ce niveau d’investissement ne peut être assumé que par les Etats. A cela s’ajoute un délai de réalisation long : il faut deux ans pour concevoir une centrale nucléaire et au minimum dix ans pour la construire. Dans la pratique, ces délais sont souvent dépassés, on l’a vu avec Flamanville. Cette « lenteur » est incompatible avec l’urgence de répondre à la demande d’électricité. Le nucléaire implique aussi une dépendance continue à l’uranium enrichi, contrairement aux énergies renouvelables qui, une fois installées, ne nécessitent plus d’importation de ressources énergétiques. Enfin, la question du traitement des déchets radioactifs demeure. Quant à la fusion nucléaire, ce n’est hélas pas pour tout de suite : elle nécessite des conditions extrêmes de température et de pression, et aucun matériau connu ne résiste à de telles contraintes. A ce jour, les expériences de fusion ont consommé plus d’énergie qu’elles n’en ont produite.
