Société de gestion britannique faisant partie du modèle multi-boutiques du groupe Perpetual, JO Hambro Capital Management s’est implantée en France il y a quatre ans. Ce spécialiste de la gestion active en actions s’est, dans un premier temps, concentré sur la distribution du fonds Regnan Sustainable Water & Waste et entend aujourd’hui élargir la palette à destination des CGP. Entretien avec Frédéric Lejeune, directeur général de JO Hambro pour l’Europe francophone, et Marta Oudot, récemment recrutée en tant que Sales Director pour la France, Monaco, le Luxembourg, la Belgique et la Suisse francophone.
Investissement Conseils : Pourriez-vous nous présenter votre société de gestion et son activité en France ?
Frédéric Lejeune : JO Hambro Capital Management est un asset manager membre du groupe Perpetual, spécialisé sur la gestion active en actions. La société gère plus de 20 milliards d’euros d’actifs, au sein d’un modèle multi-boutiques qui totalise 150 milliards d’euros d’encours, ce qui nous permet de nous adresser à toutes les typologies de clients, du CGP aux investisseurs institutionnels. Après avoir été directeur général délégué chez Aberdeen AM France et directeur général chez Robeco en France, notamment, j’ai ouvert le bureau de JO Hambro, à Paris, il y a quatre ans pour couvrir la France, mais également la Suisse, la Belgique, Monaco et le Luxembourg. En effet, jusqu’ici la société ne s’était installée que dans des pays anglophones (Etats-Unis, Australie et Grande-Bretagne). Nous nous sommes d’abord consacrés à la commercialisation du fonds Regnan Sustainable Water and Waste, dirigé par Bertrand Lecourt qui avait géré avec succès un fonds sur cette thématique chez Fidelity. Dès le départ, nous avons souhaité aborder le marché dans l’Hexagone avec une approche efficiente et pragmatique. Capitalisant sur ce fonds thématique emblématique géré par un expert français, nous avons choisi de concentrer nos efforts de distribution, notamment auprès des banques privées et des conseillers en gestion de patrimoine. Un parti pris fort qui a porté ses fruits, puisque la stratégie flirte aujourd’hui avec les 500 millions d’euros d’encours. Depuis l’été dernier, notre bureau s’est étoffé, avec l’arrivée de deux personnes, dont Marta Oudot qui se consacre à notre développement sur la France et l’Europe francophone. Après quatre années à nous faire connaître, nous passons aujourd’hui à une seconde phase de notre développement et nous affirmons notre volonté de rester implanté durablement sur le marché français. Nous considérons, en effet qu’il existe encore de la place pour de nouveaux acteurs qui proposent des gestions de qualité.
Comment se distingue JO Hambro ?
Marta Oudot : Son originalité réside dans l’autonomie totale accordée aux gérants. JO Hambro leur offre l’infrastructure nécessaire pour exercer dans les meilleures conditions sans leur imposer une vue maison. Ils peuvent exprimer leurs convictions sans contraintes avec pour seule obsession d’obtenir la meilleure performance possible et un alignement d’intérêt parfait avec les investisseurs puisqu’une partie de leurs rémunérations provient de partage des frais en cas de surperformance.
Pourriez-vous nous présenter votre fonds phare Regnan Sustainable Water and Waste ?
F. L. : Il s’agit d’une stratégie unique, article 9 SFDR par nature, qui est investie sur la thématique de la gestion de l’eau et des déchets et qui se positionne sur des sociétés opérant sur l’ensemble de leurs chaînes de valeur. Cela permet de disposer d’un univers d’investissement diversifié avec à la fois des valeurs industrielles, des utilities, parmi lesquelles des spécialistes de traitement de l’eau ou des déchets, par exemple. Le portefeuille se veut assez concentré autour d’une quarantaine de titres, généralement à 60 % sur le thème de l’eau et à 40 % sur celui des déchets.
M. O. : Actuellement, ce fonds bénéficie du regain d’intérêt des investisseurs pour les solutions thématiques, après quelques années durant lesquelles les fonds ESG et croissance ont été boudés en raison de la hausse des taux et de la défiance du président Trump envers la durabilité. En effet, après deux années dominées par les valeurs de la Tech et les marchés actions américains, les investisseurs orientent leurs portefeuilles vers davantage de diversification, aussi bien sur le plan géographique que sectoriel. De plus, les indicateurs macroéconomiques plaident pour un retour vers les valeurs liées à l’économie réelle, à l’image de la production industrielle américaine pour la première fois en hausse depuis quatre ans.
Quelles solutions avez-vous ciblées pour élargir votre offre auprès des CGP ?
M. O. : Nous travaillons activement avec les assureurs pour faire référencer trois autres fonds actions très différenciants que nous avons sélectionnés comme relais de croissance. Il s’agit d’un fonds sur les marchés émergents, d’un fonds sur les moyennes capitalisations américaines et d’un fonds sur la thématique de la logistique et de la mobilité qui a été créé il y a moins de trois ans. Le premier, JO Hambro Emerging Markets Opportunities, est une solution gérée selon une approche top-down par une équipe expérimentée. Elle gérait ce type de stratégie depuis la fin des années 1990, puis chez Barings depuis 2006 et a été recrutée chez JO Hambro, il y a une quinzaine d’années. Pour construire leur portefeuille, les gérants recherchent tout d’abord à sélectionner les pays ayant des indicateurs macroéconomiques les plus solides. En effet, les dynamiques sont très variables d’un pays à l’autre. Ensuite, ils réalisent leur stock-picking au sein des entreprises de ces pays, uniquement des large caps pour des questions de liquidité. On observe actuellement un regain d’intérêt pour les actions des pays émergents en raison de l’affaiblissement du dollar. En effet, sur les trente dernières années, les marchés émergents réalisent une performance nulle dans les périodes où le dollar est fort ; à l’inverse, elle s’élève à environ + 30 % lorsqu’il est faible. Cette phase de marché peut durer plusieurs années car Trump n’a aucun intérêt à voir sa monnaie s’apprécier. Aujourd’hui, le fonds se positionne sur des valeurs liées aux matières premières, notamment d’Afrique du Sud ou du Brésil, mais aussi sur la thématique de la main-d’œuvre bon marché, notamment via des valeurs basées au Mexique. ces pays sont aujourd’hui moins représentés dans les indices, ce sont ceux qui ont le plus fort potentiel d’upside dans le contexte actuel.
F. L. : Avec notre fonds sur les mid-caps américaines, Barrow Hanley US Mid Cap Value, nous nous différencions car l’offre est aujourd’hui réduite sur ce segment de marché et d’autant plus qu’il s’agit d’un fonds ayant une approche value. Ce fonds est géré par la même équipe depuis 1999 au sein de Barrow Hanley, un spécialiste de la gestion value depuis 1979 basé à Dallas (60 milliards d’euros d’encours). La classe d’actifs est actuellement sous-valorisée car les investisseurs sont concentrés essentiellement sur les grandes et méga-capitalisations américaines, voire sur les petites capitalisations. Le segment des mid-caps, berceau des leaders de demain, est souvent ignoré, pourtant ses fondamentaux sont solides, sa valorisation reste attractive et il bénéficie d’une liquidité satisfaisante. Enfin, le troisième fonds Regnan Global Mobility and Logistics Fund est également géré par Bertrand Lecourt. Le fonds investit sur la thématique de l’économie mondiale du déplacement des personnes et des marchandises. Par rapport à Regnan Sustainable Water and Waste, ce fonds a un beta plus fort car il est lié à l’économie réelle, notamment au sous-thème de la relocalisation des chaînes de production. Ici aussi, il s’agit d’exploiter le potentiel de la thématique sur l’ensemble de la chaîne de valeur : fabricants d’équipement d’origine aux composants, systèmes, distributeurs, infrastructures et technologies associées… Un tel portefeuille offre une belle diversification, alors que les investisseurs sont généralement très exposés aux valeurs technologiques, financières ou encore de la santé.
