Sanso Longchamp AM, fruit du rapprochement entre Sanso IS et Longchamp AM en 2024, poursuit sa croissance grâce à un socle élargi d’expertises et à son offre de services de gestion, notamment à destination des clientèles des CGP et family offices. Entretien avec David Kalfon, président de la société qui a récemment atteint les 3,5 milliards d’euros d’encours.
Investissement Conseils : Votre société de gestion s’est construite au fil de plusieurs opérations de croissance externe successives. Où en êtes-vous de votre développement ?
David Kalfon : Il est vrai que notre société a mené une stratégie offensive en termes d’acquisitions, laquelle n’avait pas comme unique objectif l’accumulation d’encours, mais l’élargissement de nos expertises. En 2017, avec Cedrus AM, nous avons intégré un spécialiste de l’ISR ; en 2018, avec Convictions AM, nous nous sommes dotés d’une approche quantitative et de performance absolue. Notre rapprochement avec Longchamp AM en juin 2024 nous permet de gérer des produits complexes, mais aussi de disposer d’une expertise sur les actions japonaises et asiatiques. Chacune de ces opérations a toujours été suivie d’une croissance organique, comme c’est le cas depuis notre fusion avec Longchamp AM, puisque nos encours sont passés de 3 à 3,5 milliards d’euros. Aujourd’hui, nous disposons d’une gamme complète de solutions sur l’ensemble des classes d’actifs : obligataire, performance absolue, actions (européennes, internationales, asiatiques), produits complexes, gestion sous mandat, fonds dédiés, ainsi qu’en matière de FCPI et FPCI, avec l’intégration d’anciens gérants d’Alto Invest. Par ailleurs, si nous avons toujours été plébiscités pour notre qualité de service, nous sommes aujourd’hui reconnus pour nos performances. Par exemple, nous avons été primés lors des Quantalys Harvest Group Awards 2026 dans la catégorie performance absolue – pour nos fonds Sanso Multistratégies, géré par Cyriaque Dailland, et Longchamp Patrimoine, géré par David Armstrong et Romain Baumé – et également dans la catégorie actions européennes pour notre fonds Maxima, géré par Michel Menigoz. Forts de ces performances, nous comptons étendre notre distribution à l’international : dans quelques semaines, nous allons ouvrir un bureau à Milan afin de nous rapprocher de nos clients italiens qui représentent aujourd’hui 15 % de nos encours.
Comment se répartissent vos encours ?
40 % de nos stocks proviennent de clients de cabinets de gestion de patrimoine ; 40 % d’investisseurs institutionnels et 20 % de clients de family offices via des fonds dédiés. Aujourd’hui, 50 % de nos encours sont logés dans des fonds dédiés et 500 millions d’euros sont gérés sous la forme de mandats. Le reste est investi dans nos fonds ouverts. Comme le démontrent ces chiffres, nous sommes davantage des asset designers, qui conçoivent des solutions, plutôt que des asset managers. Ce positionnement se traduit par l’importance donnée à l’ingénierie financière dans la construction des produits et des moteurs de leur performance, le tout avec un haut niveau d’exigence en termes de qualité de service apportée au client.
Comment vous différenciez-vous sur la gestion de fonds dédiés ?
Nos clients relèvent que la richesse de nos comités de gestion est d’une qualité inégalée. Lors de ceux-ci, nous proposons à la fois des analyses macroéconomiques et de marché poussées, ainsi qu’une analyse fine des performances. Nous sommes également en capacité de mobiliser des expertises larges. Cela nous a d’ailleurs particulièrement été utile pour franchir le cap de Value for Money. Avec nos experts internes, nous avons pu remplacer certaines poches multigestion de nos fonds par des titres en direct pour améliorer notre compétitivité. Si nous ne possédions pas ces expertises de stock-picking en interne, cela n’aurait pas pu être possible. Disposer de ces expertises, tout en proposant une qualité de service sur mesure, est pour une société comme la nôtre une question de survie pour faire face au développement des ETF. Nous sommes la seule industrie où l’on explique qu’un bon produit est un produit pas cher. On ne dit pas ça dans l’automobile par exemple ! On ne peut pas résumer la qualité d’un produit à son niveau de frais de gestion. De même, il est souvent dit qu’en moyenne les fonds actifs sous-performent leurs indices ; mais c’est justement tout le travail à la fois quantitatif et qualitatif du multigérant que de sélectionner le bon fonds qui surperformera un ETF ! Oui, la gestion active reste pertinente et importante ! Autre élément de différenciation, notre capacité à intégrer des produits structurés que nous considérons comme une classe d’actifs à part entière pour construire la performance de nos portefeuilles.
A partir de quel montant proposez-vous de la gestion personnalisée ?
Pour un fonds dédié, l’équation est rentable à partir de 10 millions d’euros. Pour la gestion sous mandat, nous débutons à partir de 300 000 euros, en multigestion. Au-delà d’un million, nous pouvons intégrer des titres vifs, actions et obligations. Pour les portefeuilles de plus de 2 millions, il est possible de recréer un portefeuille de portage obligataire, ce qui a suscité beaucoup de marques d’intérêt lors des débats sur la fortune improductive…
Comptez-vous développer votre activité de courtage en produits structurés ?
Il est vrai que l’activité de Sanso Longchamp IS, structure lancée en 2025, est encore assez confidentielle et nous pourrions la faire davantage connaître. Aujourd’hui, les produits structurés sont au service de nos gestions (moins de 10 % de nos encours). Des mandats 100 % produits structurés sont également proposés, et les produits que nous concevons peuvent être accessibles à nos partenaires qui seraient intéressés.
Parmi vos fonds ouverts, quelles solutions jugez-vous bien positionnées ?
Je pense, tout d’abord, à notre fonds actions de la zone euro, Maxima (FR0010148007, + 35,25 % en 2025 et + 21,36 % en 2024). Eligible au PEA, il dispose d’un track-record de plus de dix ans et est géré de façon disciplinée par le même gérant sur cette durée, Michel Menigoz. Un process encadré permet de détecter et de saisir les tendances de marché, ce afin de dépassionner la sélection des titres laquelle reste toujours discrétionnaire. C’est ce process qui nous a, par exemple, amenés à sous-pondérer l’an passé des valeurs du luxe, qui avaient bien fonctionné en 2024, et de nous positionner sur les bancaires et les valeurs industrielles. Par ailleurs, l’exposition du fonds peut varier de 70 à 130 %, avec une moyenne à 100 % (75 % actuellement) car le cœur de la performance reste le stock-picking. Ici, un process systématique dirige notre exposition selon la vitesse de progression ou de correction du marché. Plus une hausse sera rapide et forte, plus nous protégeons notre portefeuille, et inversement. Ce fonds bénéficie aujourd’hui de flux réguliers, notamment en provenance d’acteurs en ligne, et ses encours sont passés de 25 millions, il y a un an, à 85 millions d’euros aujourd’hui. Par ailleurs, nous disposons de Sanso Multistratégies un fonds de performance absolue qui vise une performance d’Ester + 3 %, avec une volatilité comprise entre 3 et 4 % (FR0013139292). Créé il y a cinq ans, il offre une performance décorrélée des marchés : + 4,86 % l’an passé et + 5,50 % l’année précédente. Ce fonds s’appuie sur seize stratégies différentes issues de la recherche académique. Un comité de gestion s’est assuré qu’elles permettaient effectivement d’exploiter des anomalies de marché et a déterminé comment les utiliser dans la gestion d’un portefeuille. Toutes ces stratégies ne sont pas utilisées en même temps, certaines uniquement lors de configurations de marché bien identifiées. L’exposition du fonds aux marchés actions est limitée à 15 % et les stratégies reposent sur les commodities, les actions, les obligations… Enfin, nous proposons un fonds daté, Sanso Objectif Rendement 2031, fruit de la transformation des fonds à horizon 2024, puis 2026 (FR0010813329). Aujourd’hui, son rendement embarqué s’élève à 5,50 %, hors taux de défaut, avec une sensibilité d’environ 2,8 et une notation moyenne de BB+ pour quatre-vingt-dix émetteurs. Ce fonds de partage reverse 10 % de ses frais de gestion à la Surfrider Foundation et à l’Institut océanographique de Monaco.
Comment définiriez-vous votre approche d’investisseur responsable ?
Nous sommes pragmatiques et non pas dogmatiques. Nous considérons que l’extra-financier d’aujourd’hui deviendra le financier demain, et qu’une bonne gestion financière ne peut se limiter à la lecture de bilans et de comptes de résultat. Cette approche, par les risques notamment, nous a d’ailleurs permis de délivrer de bonnes performances via notre fonds Sanso Smart Climate qui, contrairement à d’autres fonds de sa catégorie, ne s’est pas concentré uniquement sur les valeurs liées aux énergies renouvelables (FR0014003NV7). L’ISR est donc l’une de nos compétences que nous pouvons apporter à nos clients s’ils le souhaitent.
La consolidation du marché des CGP avec des acteurs disposant de leur propre société de gestion ne vous fragilise-t-elle pas ?
Il est vrai que nous avons pu constater que chez certains acteurs l’architecture ouverte s’est quelque peu refermée. Néanmoins, il existe toujours des milliers de cabinets implantés dans l’Hexagone. La profession reste hyper-dynamique, et nous sommes convaincus qu’au sein de ces consolidateurs de nouveaux CGP auront la tentation d’entreprendre à leur tour ! Concernant nos objectifs à moyen et long terme, nous comptons poursuivre notre croissance et atteindre les 5 milliards d’euros sous gestion avant 2030. Cela passera, entre autres, par une intensification de notre présence à l’international.
