Le coût mondial des droits de douane US

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Le protectionnisme américain s’impose comme un nouveau frein à la croissance mondiale. Les entreprises tentent d’adapter leurs stratégies à un environnement incertain.

Marc Brütsch, chef économiste de Swiss Life Asset Managers.
Marc Brütsch, chef économiste de Swiss Life Asset Managers.

Une grande incertitude continue de régner pour les entreprises du secteur industriel quant à la politique douanière américaine. Certes, des accords ont été conclus depuis août et, en principe, les exportateurs connaissent le taux de douane applicable aux livraisons sur le marché américain.

Si le panier de marchandises importé par les Etats-Unis restait inchangé et si les importations provenaient toujours des mêmes pays producteurs, le taux moyen des droits de douane serait de 18,7 %. Les droits de douane américains atteindraient ainsi leur niveau le plus élevé depuis l’année fatidique de 1933.

  • Une croissance de l’économie mondiale moins forte que prévu

    Les Etats-Unis, réputés pour leur politique favorable au marché, portent ainsi un coup dur au commerce mondial. Au cours des prochains trimestres, la croissance de l’économie mondiale sera donc moins forte qu’elle ne le serait normalement.

    L’effet négatif de la demande des consommateurs américains n’est toutefois qu’un facteur parmi d’autres qui freine la croissance. L’incertitude qui règne dans les entreprises les incite, en outre, à reporter leurs décisions d’investissement et à se montrer plutôt prudentes sur le marché du travail.

    Outre les rebondissements imprévisibles dans les négociations avec les autorités américaines, la situation juridique ne contribue guère à la sécurité de la planification. La décision de la Cour suprême des Etats-Unis sur les droits de douane est attendue avec impatience. Cette décision devrait être rendue au cours de la première semaine de novembre.

    Mais même si la Cour suprême jugeait ces droits de douane illégaux, cela ne signifierait pas pour autant leur suppression définitive. Dans ce cas, l’incertitude pour les entreprises, mais aussi sur les marchés boursiers, risquerait plutôt de s’accentuer, du moins à court terme. En effet, l’administration se référerait alors à des précédents pour imposer des droits de douane. Ceux-ci auraient alors un caractère temporaire et nécessiteraient en partie une majorité au Congrès.

    Les entreprises doivent donc faire preuve de résilience. La réaction du fabricant de montres Swatch face au droit de douane particulièrement élevé de 39 % imposé par le gouvernement américain sur les importations en provenance de Suisse en est un exemple particulièrement frappant : en seulement quarante jours, l’entreprise a mis sur le marché une montre dont les chiffres 3 et 9 ont été inversés, en référence aux difficultés auxquelles l’industrie horlogère est confrontée. Cette montre n’est disponible à la vente qu’en Suisse, et uniquement tant que le droit de douane élevé restera en vigueur.

  • Politique monétaire de la BCE

    La résilience du secteur privé est un élément central de notre scénario de base. Outre la solidité des bilans des entreprises, la stabilisation du pouvoir d’achat des ménages, notamment en Europe, contribue à la reprise de la conjoncture intérieure.

    Les vastes programmes budgétaires allemands en matière de défense et d’infrastructures soutiennent la conjoncture en Europe, tout comme la politique monétaire légèrement expansionniste de la BCE.

    La France profite peu de ces impulsions. La politique budgétaire devrait être plus restrictive que les années précédentes. Compte tenu du faible taux d’inflation en France, la politique monétaire de la BCE doit être considérée comme trop restrictive. Cela supprime un soutien bienvenu à la baisse des coûts de financement pour le secteur des entreprises.

    Cela est d’autant plus douloureux que l’incertitude liée à la France ne devrait pas disparaître de sitôt. Nous pensons que le spread OAT, c’est-à-dire la prime de risque sur les obligations d’Etat françaises à dix ans par rapport à celles de l’Allemagne, restera à son niveau élevé actuel de quatre-vingts points de base.

    Toutefois, les éventuelles dégradations de la note de crédit de la France par les principales agences de notation sont déjà prises en compte dans les cours actuels des obligations.

    Malgré ce contexte budgétaire défavorable, le produit intérieur brut réel en France et en Allemagne connaîtra, en 2026, une croissance plus forte que celle enregistrée cette année. Nous tablons actuellement sur une croissance du PIB de 1,0 % pour la France.

    Les données issues du secteur manufacturier, où les enquêtes auprès des entrepreneurs montrent une tendance à la hausse, donnent lieu à un optimisme modéré. Les chiffres à haute fréquence d’Indeed concernant les offres d’emploi publiées en ligne indiquent une stabilisation du marché du travail. Les chiffres du marché du travail sont généralement en retard par rapport aux autres données issues de l’économie réelle. Le creux cyclique devrait donc être dépassé.

    Les marchés boursiers mondiaux font également preuve de la résilience mentionnée plus haut. Si notre estimation selon laquelle les cours des actions pourraient poursuivre leur progression jusqu’à la fin de l’année s’avère correcte, les principaux indices enregistreront cette année des taux de croissance à deux chiffres. Toutefois, pour les raisons indiquées précédemment, les indices boursiers de référence en France et en Suisse restent à la traîne par rapport à ceux d’autres régions.

  • Réactions des marchés boursiers

    Trois facteurs principaux expliquent l’envolée du marché boursier : l’assouplissement (désormais achevé) de la politique monétaire, la forte augmentation des dépenses dans le domaine de la défense et l’espoir persistant de gains de productivité grâce à l’exploitation de l’intelligence artificielle.

    Des taux d’intérêt bas et une discipline budgétaire très peu visible. Ces conditions générales ont conduit à une normalisation complète de la courbe des taux d’intérêt en 2025. Les banques européennes en profitent. Selon les données de MSCI, l’évolution du cours des titres bancaires a, jusqu’à présent, largement dépassé l’indice global en 2025.

    Récemment, les marchés boursiers des pays émergents ont également été touchés par cette tendance positive. Cette tendance mondiale s’explique par une réticence à investir dans les titres d’Etat et par l’anticipation d’une politique monétaire toujours expansionniste. La Fed et la Banque d’Angleterre, en particulier, devraient procéder à de nouvelles baisses de taux d’intérêt jusqu’au premier trimestre 2026.

    Pour l’instant, cette évolution devrait se poursuivre. Toutefois, les décisions imminentes concernant la nomination de nouveaux dirigeants au sein du système bancaire central américain s’apparentent à une atteinte à l’indépendance de la Fed. Il n’est pas exclu que cela entraîne à nouveau une volatilité accrue sur les marchés. La réaction attendue à moyen terme des marchés à l’influence accrue sur la politique monétaire devrait toutefois soutenir une fois de plus les valeurs réelles telles que les actions, l’immobilier, les infrastructures ou l’or.

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