Une maison de gestion de pur stock-picking

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Article paru dans le magazine n°: 832

En 2014, Fabrice Revol lançait Kirao Asset Management, une société de gestion spécialisée sur les actions européennes. Aujourd’hui, la société compte trois fonds pour 800 millions d’euros d’encours. Entretien avec son président.

Investissement Conseils : Pourriez-vous nous présenter votre société de gestion, Kirao Asset Management ?

Fabrice Revol : Kirao AM est une société de gestion indépendante spécialisée sur la classe d’actifs actions, créée en 2014 qui compte autour de 800 millions d’euros d’encours et seize personnes, dont cinq dédiées à la gestion, qui sont toutes investies dans la société.

Nous sommes de purs stock-pickers sur les actions de la zone euro, avec un biais sur la France. Nous distribuons trois fonds : Kirao Multicaps un fonds long-only sur toutes les tailles de capitalisation, Kirao Smallcaps sur les petites capitali-sations et Kirao Multicaps Alpha qui permet de capter la surperformance de notre stock-picking.

Pourquoi avez-vous décidé de créer votre société de gestion en 2014 ?

F. R. Après des expériences de broker et d’analyste, j’ai lancé une première société de gestion – Sapientia AM -, puis j’ai rejoint une société de gestion en 2010 dont je suis ensuite parti pour des questions de personne et de culture : j’avais le goût de la liberté ! J’ai donc créé Kirao AM en compagnie de gérants privés, puis Saad Benlamine nous a rejoints en 2015 pour lancer un fonds sur les petites capitalisations.

Côté gestion, j’ai appliqué le même concept de sélection de valeur que j’ai amélioré au fil des années.

Pourriez-vous nous en dire plus ?

F. R. Il s’agit d’une gestion fondamentale. En tant que gérant actions, nous nous heurtons à trois défis : celui de l’infini de notre univers d’investissement, celui du taux de rendement nécessaire pour battre un indice de référence, et celui de l’allocation du temps du gérant ce qui suppose d’avoir de la méthode.

Le défi de l’univers d’investissement est relevé, dès lors qu’on le réduit drastiquement. Il s’agit d’être efficace.

Le nombre de valeurs cotées étant très important, nous jouons sur deux paramètres pour le diminuer :

- en nous concentrons sur le vécu de l’équipe de gestion sur certains secteurs ;

- et en nous attardons sur les caractéristiques financières des secteurs, à savoir qu’ils doivent générer une croissance organique d’au moins 5 % et un rendement d’au moins 8 à 10 %.

Ainsi, sur notre fonds Kirao Multicaps, notre univers d’investissement se limite entre deux cent et deux cent-cinquante valeurs sur des secteurs tels que le luxe, l’IT, les softwares, le médical, les biens d’équipement… Néanmoins, nous ne nous interdisons rien lorsque nous détectons une opportunité.

Ensuite, notre process de gestion permet de modéliser les perspectives pour chaque valeur, avec un objectif de cours à deux-trois ans. Si le potentiel de rendement est compris entre 6 et 12 %, nous pouvons intervenir, avec une pondération de la ligne dans le portefeuille qui variera en fonction de son couple rendement-risque. Il s’agit de vrais fonds de conviction comprenant environ quarante lignes – les dix premières représentant 45 % des portefeuilles -, le tout avec un faible taux de turn-over (40 %). Pour atteindre ce rendement, et selon le principe que le cours de Bourse suit l’évolution du résultat de l’entreprise, il convient d’investir dans la période durant laquelle les valeurs sont en croissance. Cette croissance arrive, selon la théorie, dans les phases où les entreprises font évoluer l’allocation de leur capital. Il s’agit ainsi des périodes de fusion-acquisition ou d’arbitrage d’actifs ; ou des cycles d’investissement propre à l’entreprise ou à son évolution vers des produits plus haut de gamme.

Enfin, le défi du temps du gérant vise à permettre d’allouer le maximum de son temps à un cas d’investissement, dès lors qu’on décèle une opportunité, et d’étudier le cas au maximum afin de prendre la bonne décision. Cette bonne gestion du temps nécessite que l’univers d’investissement soit bien circonscrit.

Nos fonds sont majoritairement investis sur la France, à 70 % environ. Kirao Multicaps est principalement exposé aux large caps, puisque 60 % de son encours est composé de valeurs de plus de 10 milliards d’euros de taille de capitalisation. La philosophie et le process de gestion du fonds Kirao Smallcaps sont similaires. Sa gestion, avec une contrainte liée à la liquidité, est assurée par Saad Benlamine. Si nous partageons nos décisions de gestion, je tiens à ce qu’il dispose d’une totale indépendance dans ses choix. Quant au fonds Kirao Multicaps Alpha, il bénéficie d’une couverture indicielle mécanisée qui permet de capter l’écart de performance de l’alpha du fonds Kirao Multicaps. Cette exposition n’est pas liée à une vue de marché, mais à un process systématique qui implique que plus le marché progresse, plus notre couverture est forte. Inversement dans les baisses de marché, notre couverture est réduite.

Comment se répartissent vos encours ?

F. R. Nos trois fonds de stock-picking comptent plus de 500 millions d’euros d’encours : 350 millions pour notre fonds phare Kirao Multicaps, 100 millions pour Kirao Multicaps Alpha et 80 millions pour Kirao Smallcaps. Notre gestion privée constituée de trois personnes joue pour environ 250 millions d’euros. Nous disposons de quelques fonds d’allocation plus petits destinés à cette clientèle privée.

Comptez-vous déployer votre service de gestion privée sur le segment des CGP ?

F. R. Notre ADN repose principalement sur la gestion pour compte de tiers. Notre service de gestion privée, assuré par une équipe de trois personnes que je connais depuis plus de quinze ans, nous a permis de disposer de capitaux stables pour lancer notre activité et atteindre une taille critique.

Quels sont vos objectifs de développement ?

F. R. Notre volonté est de grandir via nos trois fonds. Cette croissance passera inévitablement par nos performances. Nous comptons poursuivre notre développement auprès des conseils en gestion de patrimoine qui constituent actuellement le segment le plus dynamique en termes de collecte, notamment sur les fonds Kirao Multicpas et Kirao Multicaps Alpha, tandis que Kirao Smallcaps souffre d’un moindre appétit de la part des investisseurs.

Plus nous disposerons d’encours, plus nous aurons les moyens de recruter pour améliorer notre gestion et approfondir notre analyse des valeurs.

Qu’en est-il de votre politique ESG ?

F. R. Nous sommes signataires des PRI depuis février dernier, ce qui nous pousse à aller plus loin dans nos réflexions. Notre charte ESG est rédigée et systématise notre méthodologie. En effet, l’analyse extra-financière a toujours fait partie intégrante du travail de l’équipe de gestion, en particulier les aspects liés à la gouvernance et au risque réputationnel. En revanche, je suis plus dubitatif sur l’impact environnemental de nos fonds puisque nous agissons sur le marché secondaire : on parle ici davantage de placement que d’investissement.