Habitat et Humanisme œuvre pour le logement et l’insertion des personnes en situation de précarité. Pour financer son action, le mouvement, fort d’une présence sur l’ensemble du territoire et de l’animation d’un réseau de quelques centaines de CGP, a créé deux foncières solidaires, et s’appuie sur des dons et la location de biens de particuliers à des conditions fiscalement attractives. Entretien avec Eric Bally-Bérard, chargé des relations CGP, et David Bourdenet, responsable des libéralités et référent patrimonial.
Investissement Conseils : Quelles sont l’histoire et les actions d’Habitat et Humanisme ?
Eric Bally-Bérard : Habitat et Humanisme est une fédération reconnue d’utilité publique qui agit depuis plus de quarante ans en faveur du logement et de l’insertion des personnes en difficulté. Ce mouvement associatif a en effet été créé en 1985 par Bernard Devert, ancien promoteur immobilier lyonnais pendant treize ans et qui est ensuite devenu prêtre, et qui est toujours président. Pour autant, il s’agit d’une association laïque, d’utilité publique, qui s’adresse aux plus précaires pour qu’ils se réinsèrent. Cela passe aussi bien par le logement que par l’accompagnement humain via des programmes de réinsertion pour que les personnes se stabilisent d’un point de vue économique. Nous venons en soutien de toutes les personnes en fragilité économique et sociale : personnes âgées, jeunes sortant de l’ASE (aide sociale à l’enfance), familles monoparentales, personnes seules, personnes ayant subi un accident de la vie, personnes handicapées… 74 % des personnes que nous accompagnons sont sous le seuil de pauvreté. Nous disposons par exemple d’une branche urgence pour les victimes de violences conjugales, les personnes à la rue ou encore en demande de droit d’asile. Il s’agit d’une association très « professionnelle », pragmatique, sans militantisme, avec une forte culture du terrain et de l’innovation.
David Bourdenet : L’association a rapidement développé des outils d’investissement solidaire avec comme ambition de réconcilier l’économique et le social, et ainsi permettre aux investisseurs d’agir et de rendre leur épargne utile. Dès 1987, Habitat et Humanisme s’est inscrit dans le mouvement de la finance solidaire avec la création de la première foncière solidaire, la foncière d’Habitat et Humanisme. Elle bâtit des logements individuels, des petits collectifs, des résidences intergénérationnelles et des pensions de familles. Près de quarante années après, nous avons prouvé que le modèle était vertueux. En 2003, une seconde foncière solidaire a été créée, la foncière EHD (Entreprendre pour Humaniser la Dépendance) qui a pour but de loger des personnes en situation précaire et de dépendance, et de préserver l’autonomie des personnes âgées. EHD rénove, bâtit des Ehpad et crée des résidences intergénérationnelles pour loger des jeunes, des mères célibataires et des personnes âgées. EHD a changé de président-bénévole en juin 2025 avec à sa tête Martin Vial, ancien président de La Poste.
Pourriez-vous nous présenter Habitat et Humanisme en quelques chiffres ?
D. B. : Habitat et Humanisme, c’est onze mille sept cents logements d’insertion pour des personnes en situation précaire, dont sept mille que nous détenons en propre. Au total, ce sont plus de vingt-six mille bénéficiaires qui sont aujourd’hui logés par Habitat et Humanisme. En effet, nous avons différents moyens pour mobiliser des logements : ceux acquis via nos foncières immobilières, ceux qui nous ont été légués et ceux que nous mobilisons auprès de propriétaires solidaires. Autre chiffre, notre association s’appuie sur plus de six mille bénévoles et trois mille cinq cents salariés, dont deux mille cinq cent dans les établissements médico-sociaux. Nous sommes présents sur l’ensemble du territoire avec cinquante-huit associations locales.
E. B.-B : La Foncière Habitat et Humanisme a permis de créer six mille cinq cents logements, pour un capital de 396 millions d’euros. De son côté, la Foncière EHD détient, en propre, vingt-quatre Ehpad et sept-cent-quatre logements. Par ailleurs, la branche soin d’Habitat et Humanisme gère une soixantaine d’Ehpad. Chaque année, ces foncières collectent 20 à 25 millions d’euros pour la première et près de 8 millions d’euros pour la seconde.
Comment vous adressez-vous aux CGP ?
E. B.-B : En plus de nos souscripteurs directs, nous avons noué un partenariat d’apport d’affaires avec les conseillers en gestion de patrimoine. Nous allons régulièrement à la rencontre des professionnels du patrimoine afin de nous faire connaître et beaucoup adhèrent à nos valeurs. Cela passe par des rencontres au sein de groupements ou de cabinets, parfois avec leurs clients, de la mise en place de deux webinaires chaque année, d’une newsletter trimestrielle ou encore de la présence lors de salons professionnels. Nous savons que leur clientèle peut être sensible à notre action. Or, comme l’a révélé une étude de Finansol, les particuliers sont peu ou mal informés, alors que beaucoup sont demandeurs.
Que proposez-vous en termes d’« investissement » ?
E. B.-B : Sur le plan de l’investissement, les CGP peuvent conseiller la foncière EHD, et non pas la foncière Habitat et Humanisme. EHD est une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) agréée Esus (entreprise solidaire d’utilité sociale) et mandatée SIEG (service d’intérêt économique général) dont le prix de part n’évolue pas (20 euros), mais qui permet à leur détenteur de disposer d’un avantage fiscal de 25 % du capital investi, en contrepartie d’un engagement de conservation de cinq ans. Il n’y a ni droit d’entrée, ni frais de gestion, ni droit de sortie. La foncière ne verse pas de dividende car l’objectif est d’assurer l’équilibre financier de nos projets à vocation sociale. Nous organisons totalement le marché secondaire, le plus souvent via des ventes à des institutionnels, notamment des FCP solidaires d’épargne salariale. Par ailleurs, la foncière Habitat & Humanisme est accessible via le FCP diversifié Solidarité Habitat et Humanisme, issu du fonds maître Solidarité Amundi et labellisé Finansol, un fonds 90/10, qui nous reverse une partie de ses frais de gestion.
Est-ce que vous portez d’autres propositions intéressantes fiscalement ?
D. B. : Comme évoqué précédemment, les CGP peuvent proposer à leurs clients de louer leur logement par notre intermédiaire. Dans ce cadre, en contrepartie d’un engagement de location durant six années et d’un loyer inférieur à celui du marché, cela permet au propriétaire de disposer d’un avantage fiscal (jusqu’à 65 % d’abattement – dispositif Loc’Avantage). Par ailleurs, Habitat et Humanisme se finance également par le biais de dons, à partir desquels nous pouvons mettre en place différentes typologies de montages : classiquement être bénéficiaire d’une assurance-vie ou mettre en place un legs universel avec charge, particulièrement intéressant en l’absence d’héritier réservataire. Ici, la personne réduit la fiscalité de la transmission, sans que les héritiers soient lésés. Cela permet de donner une deuxième vie à son patrimoine en fléchant cet impôt économisé à une association comme Habitat et Humanisme. La donation temporaire de l’usufruit d’un bien immobilier est aussi une technique régulièrement mise en place qui permet d’éviter l’impôt sur la fortune immobilière. Ici, Habitat et Humanisme assure la gestion locative et rend le logement en l’état à l’expiration du démembrement. Chaque sollicitation à visée philanthropique est particulière, aussi nous nous tenons aux côtés de nos partenaires CGP pour partager notre expertise.
Quatre décennies auprès des plus précaires
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