IK Partners vient d’entrer au capital de Rhétorès Groupe, cofondé en 2010 par Grégory Soudjoukdjian et Stéphane Rudzinski. Ce dernier revient sur les tenants et aboutissants de cette opération capitalistique, mais aussi sur ses projets, notamment dans le digital, et ses objectifs de développement.
Investissement Conseils : Vous venez d’accueillir IK Partners à votre capital. Pourriez-vous nous rappeler le chemin parcouru depuis Activa,
votre précédent partenaire financier ?
Stéphane Rudzinski : En février 2022, Activa était entré à notre capital. Nous étions alors une structure d’une petite quinzaine de personnes, pour près de 250 millions d’euros d’actifs sous gestion. Avec leur soutien, nous avons connu une croissance, à la fois organique et externe, assez exceptionnelle pour atteindre 2,5 milliards d’euros d’encours en quelques années. Pour autant, nous avons pris le temps avant d’enclencher notre stratégie. Dix-huit mois ont été nécessaires pour la définir, positionner notre marque et uniformiser nos process, que ce soit en termes de communication, back-office ou de conformité. Une première acquisition structurante – un cabinet lillois de 180 millions d’euros d’encours – a été réalisée, puis celle de Dauphine AM, une société de gestion présidée par François-Xavier Legendre qui nous a apporté beaucoup de valeur ajoutée en interne, et nous a permis de faire évoluer notre offre, comme la mise en place de mandats de gestion en ETF, très appréciée de nos clients. L’acquisition d’un asset manager, aujourd’hui composé de trois gérants, nous permettait également de nous prémunir contre la baisse ou la disparition des rétrocessions. Au total, ce sont donc une vingtaine d’opérations qui ont été menées sur un peu plus d’un an. Pour les mener à bien, nous avons continué à nous structurer avec le recrutement de Vincent Ruffat, notre directeur M&A qui a industrialisé notre process de croissance externe et qui est désormais épaulé par une autre personne. Par ailleurs, Nebosja Sreckovic, fondateur de NS Groupe, nous a rejoints fin 2024 : également président de l’Anacofi-CIF, il est devenu notre directeur des opérations et de la conformité, un pôle récemment renforcé par un recrutement. L’équipe a connu des rapprochements structurants – Benoît Dargnies (Emeraude gestion privée) à Dinard, ou encore Thomas Cohen (Cabinet Cohen) –, ce qui nous permet d’élargir notre palette de services en direction de la protection sociale (mutuelle, prévoyance, retraite, assurance-chômage du dirigeant) et de l’assurance-dommage (RC pro, etc.). Notre ambition est de pouvoir accompagner pleinement nos clients entrepreneurs et de disposer une fois de plus des compétences en interne. Initialement, notre plan de développement avec Activa devait s’étirer sur cinq à six ans. Toutefois, notre forte croissance nous a amenés à rechercher un nouveau partenaire afin d’accélérer davantage notre expansion, en combinant toujours croissance organique et acquisitions.
Pourquoi avoir opté pour IK Partners ?
Nous avons reçu diverses propositions de fonds européens et anglo-saxons de grande qualité. Nous avons sélectionné IK : un acteur de taille intermédiaire (15 milliards d’euros sous gestion) qui connaît le marché de la gestion privée puisqu’il a été – ou est – actionnaire de structures comme Valoria, Linxea ou encore Eres. Par ailleurs, tout comme Activa qui reste à nos côtés, IK Partners a la capacité de nous apporter un important soutien opérationnel via des operating Partners. En effet, nous recherchions un actionnaire qui soit également un partenaire avec lequel nous partageons les bonnes pratiques en matière de structuration d’entreprise, de management, de développement commercial ou encore de digitalisation. Cela est important pour nous, notamment pour nos fortes ambitions dans le domaine du digital. Enfin, IK Partners est détenu par la famille Wendel : dans ce sens, nous disposons d’un lien fort avec la gestion de fortune française.
Auriez-vous pu vous adosser à un industriel du secteur ?
Non, car nous ne sommes qu’au début du mouvement de consolidation. L’horizon de notre projet est à dix ans minimum. Nous adosser à un assureur ou une mutuelle aurait marqué, sans doute, la fin de notre aventure entrepreneuriale. Notre parcours avec Activa nous a pleinement convaincus de la valeur ajoutée d’un fonds de Private Equity.
Quelles sont vos ambitions dans le domaine du digital ?
C’est un axe de développement prioritaire pour nous, tant sur nos process internes que sur la création d’un nouveau canal de distribution-conseil. Nous allons créer un canal de distribution digitale car nous estimons que la concurrence des acteurs en ligne doit être prise très au sérieux. De plus, la manière de consommer l’épargne en France évolue rapidement dans ce sens : ce sont ces acteurs qui connaissent le plus fort taux de croissance, autour de 15 %, contre 7 à 8 % pour les CGP
et 2 à 3 % pour les banques.
Nous avons la conviction qu’il convient de disposer de plusieurs canaux d’acquisition de clients pour couvrir l’ensemble des segments de clientèle. Tout reste à faire sur le marché de la gestion de patrimoine encore très poussiéreux. Le potentiel du marché est énorme, d’autant plus si l’on sait prendre le virage de l’intelligence artificielle.
L’objectif est de pouvoir capter ces nouveaux clients, souvent jeunes, et de les accompagner dans leur parcours de vie patrimoniale en les faisant basculer vers davantage de conseils, dès lors qu’ils le souhaitent et que leurs problématiques le nécessitent. Ainsi, Rhétorès s’appuiera sur une segmentation de clientèle avec le digital pour la clientèle disposant d’actifs financiers inférieurs à 100 000 euros, la gestion privée entre 250 000 et 3 millions d’euros, et la gestion de fortune au-delà de 5 millions d’euros. Chacun de ces segments disposera d’un écosystème dédié, ainsi qu’une palette d’offres et de produits appropriés.
Quels sont vos objectifs avec IK ?
Nous avons la volonté d’atteindre les 7 à 8 milliards d’euros d’encours. Outre le digital, nous comptons nous installer dans des zones géographiques où nous ne sommes pas encore présents, notamment dans le Sud-Ouest, via des opérations de croissance externe de belles structures qui souhaitent s’adosser à nous pour poursuivre leur développement. Il s’agit également de renforcer nos bureaux – Paris, Lille, Strasbourg, Dinard et Lyon – en acquérant des cabinets de plus petite taille. Des acquisitions ont récemment été conclues avec plusieurs cabinets situés dans la région de Montpellier, Avignon et Nîmes pour 250 millions d’euros, ainsi qu’une structure à Dinard, Emeraude gestion privée. Nous cherchons également à élargir nos expertises. Pour mener à bien tous nos objectifs, nous recrutons sur tous les postes : gérant de portefeuille, ingénieur patrimonial, CGP, middle et back-office…
Quel est votre schéma d’intégration des cabinets ?
Nous souhaitons un alignement total des intérêts avec les CGP qui nous rejoignent. C’est pourquoi tous sont associés dans la holding de tête et opèrent sous l’enseigne Rhétorès.
Si nous ne sommes pas les mieux-disants en termes d’offre financière, les CGP apprécient notre projet, sa dynamique et le fait que l’équipe dirigeante soit encore en activité. Grégory Soudjoukdjian et moi continuons à rencontrer des clients au quotidien, tout en animant le groupe.
Envisagez-vous de vous développer en dehors de l’Hexagone ?
Cela est possible, mais à moyen terme.
Pourriez-vous verticaliser davantage votre activité ?
Pourquoi pas, si cela a de l’intérêt pour nos clients et nous permet d’avoir une meilleure maîtrise des produits et de leurs risques. Pour autant, nous ne perdons pas de vue que l’architecture ouverte a guidé notre volonté de devenir CGP et que c’est aussi pour cela que nos clients ont choisi de quitter leur banque.