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Les sociétés de gestion entrepreneuriales




Créées par des professionnels expérimentés, les sociétés de gestion entrepreneuriales constituent une part importante de l’industrie de l’asset management en France. Elles cultivent leur capacité d’innovation, leur réactivité ou encore leur plus grande proximité avec leurs investisseurs. Si le marché reste dominé par des acteurs issus d’établissements financiers, elles continuent de voir leur part de marché progresser, en France comme à l’étranger.

Avec plus de six cents sociétés de gestion répertoriées, la France constitue un terreau fertile (six cent-vingt-sept structures à fin 2015 pour 3 600 milliards d’euros d’encours). Parmi elles, la grande majorité est entrepreneuriale. Chaque année, il se crée quelques dizaines de nouvelles structures (une quarantaine en moyenne), dont la plupart sont à l’initiative de personnes physiques. Plusieurs success stories d’entrepreneurs se sont réalisées, à l’image de DNCA Finance, Carmignac Gestion, Mandarine Gestion ou encore La Financière de l’Echiquier. Des aventures qui ont souvent débuté grâce au marché de la distribution intermédiée.

Une caractéristique de l’asset management français
« Par rapport à ses voisins européens, le marché français se distingue par un tissu entrepreneurial très important, assure Thomas Valli, directeur des études économiques de l’Association française de la gestion financière (AFG). En effet, en nombre et en créations, les entrepreneuriaux représentent environ les deux tiers des sociétés de gestion en France. Si elles évoluent dans un contexte de forte concurrence et de pression sur les prix, leur capacité d’innovation en termes de renouvellement des offres-services et des business models peut s’observer aussi au niveau des rapprochements ou fusions entre sociétés afin d’atteindre une taille critique nécessaire pour aborder de nouveaux marchés ou développer de nouvelles offres. »
L’importance du nombre de sociétés de gestion entrepreneuriale explique donc, qu’en son sein, l’AFG a mis en place un comité ad hoc qui veille à ce que les avancées réglementaires prennent en compte leurs problématiques spécifiques.
Si le dynamisme du marché français est réel, l’impact de la réglementation n’y est pas anodin, comme l’explique Thomas Valli : « Ces nouvelles sociétés exercent principalement en gestion d’actifs non cotés (capital-investissement, immobilier et titrisation) et également en gestion quantitative du fait d’évolutions technologiques ».


8 % de part de marché en France

Toujours est-il que l’aventure entrepreneuriale n’est pas toujours couronnée de succès : le marché reste dominé par des sociétés appartenant à de grands groupes bancaires ou d’assurance. Les encours des sociétés de gestion entrepreneuriales, en croissance, s’élèvent aujourd’hui à près de 300 milliards d’euros, soit environ
8 % du marché de la gestion en France selon les statistiques de l’AFG. « Plus en détail, elles représentent 20 à 25 % du marché des OPC actions et diversifiés. On retrouve souvent ces sociétés de
gestion dans l’offre des CGPI, complète Thomas Valli. Elles ont donc une sensibilité marquée à l’évolution des marchés actions au niveau de leurs encours et de leurs revenus. Ceci se traduit par une cyclicité de la rentabilité qui s’est dégradée suite à la crise de 2008 affectant certaines sociétés durant les années 2008-2011. Depuis, hors cas particuliers, on constate une amélioration de l’activité. »

Des réalités bien diverses
Les réussites de ces sociétés entrepreneuriales sont diverses. En termes de concentration, 10 à 15 % du nombre des sociétés entrepreneuriales représentent 80 % des encours de la catégorie, selon l’AFG. Seule une trentaine de sociétés gèrent chacune plus de 1 milliard d’euros, mais ce chiffre augmente. De même, une trentaine de sociétés gèrent entre 500 millions et
1 milliard d’euros. A l’autre bout du spectre, près de 50 % des sociétés de gestion ont un encours inférieur à 150 millions d’euros. « Ceci s’explique aussi bien par le dynamisme des créations, que par l’importance du nombre de sociétés spécialisées en gestion patrimoniale. On retrouve également quelques sociétés qui ont des difficultés à progresser », relève Thomas Valli.

Un premier cap à franchir
Parmi les difficultés rencontrées pour s’imposer, ces sociétés de gestion, lorsqu’elles sont de création récente, doivent faire face à une concurrence nationale, mais aussi internationale très importante, tout comme la nécessité d’avoir un track-record conséquent.
« Nous nous heurtons à une forte concurrence et à une collecte toujours concentrée autour de quelques fonds et de quelques acteurs, admet David Kalfon, président-fondateur d’Amaïka AM. La conquête de chaque nouveau client est un combat. Cela prend du temps et nécessite de la constance dans les performances. Passer la barre des 100 millions d’euros est important. Elle permet d’être profitable et de financer les investissements de demain. Je ne sais pas s’il est toujours intéressant de créer une nouvelle société de gestion ou s’il est préférable d’en rejoindre une en devenant actionnaire. Les créations sont de plus en plus difficiles et notre univers devrait très certainement se concentrer. »
« Il est souvent difficile de grimper le premier palier de développement et un cercle vicieux peut s’installer, considère Didier Demeestère, président de Talence Gestion. C’est pourquoi 50 % des sociétés de gestion entrepreneuriales plafonnent à 150 millions d’euros d’encours. Nous avons eu la chance d’y arriver, en faisant les bonnes rencontres et en gagnant rapidement la confiance de clients. Nous avons renforcé notre notoriété en recrutant des professionnels reconnus. Cela a crédibilisé Talence, tant en interne qu’en externe. Notre projet reste d’attirer les talents pour vivre une belle aventure, ensemble. »
De son côté, Claudio Arenas-Sanguinetti, président de Vestathena, regrette la moindre considération accordée par les grands investisseurs : « Point important, que nous déplorons, les petites sociétés de gestion ont du mal à gagner des appels d’offres, les institutionnels ayant souvent des contraintes formelles au niveau de la taille de leurs partenaires. »
Autre difficulté avancée : l’accroissement des contraintes réglementaires qui vient grever les budgets alloués au développement commercial et à la gestion. « Les nouvelles réglementations n’ont rien d’insurmontable, mais génèrent régulièrement des coûts supplémentaires : avec une base 100 en 2008, ces coûts de conformité ont augmenté à 175 aujourd’hui ! A l’échelle d’un Amundi, cela ne se voit pas, mais pour un petit acteur comme nous, cela réduit nos capacités d’investissement… », reconnaît David Kalfon.
Néanmoins des solutions existent pour accélérer dans ces domaines. Il peut s’agir de récupérer la gestion de fonds précédemment géré par l’équipe. Côté encours, le recours à un incubateur peut être pertinent (cf. interview page XX), tout comme l’intégration minoritaire au capital d’un institutionnel ou de distributeurs partenaires.

Des atouts indéniables
A l’inverse, ces sociétés de gestion peuvent faire valoir d’atouts intéressants pour les investisseurs. Outre l’innovation pouvant y être développée, la réactivité, le sens client, l’engagement des équipes sont des arguments régulièrement avancés par les entrepreneurs du secteur. « Du fait d’une plus grande flexibilité et liberté de gestion, l’avantage nous semble aujourd’hui du côté des sociétés de gestion de petite taille et spécialisées, qui ont une capacité à surperformer sur le long terme. Leur potentiel est immense ! Ceci contraste avec la situation des grands groupes où les responsabilités se diluent, et les gros fonds rencontrent des difficultés à surperformer, car ils se ferment à la créativité, et convergent vers l’indiciel », relève Claudio Arenas-Sanguinetti.
Disposant d’un service de gestion privée, Didier Demeestère ajoute que « le client est mieux accueilli. Nous avons fait le choix d’intégrer des gérants ayant beaucoup d’expérience et d’externaliser certaines fonctions. Cela nous permet d’être réactifs, avec des prises de décision rapide, et de ne pas perdre d’énergie sur des problématiques annexes à notre métier. »
Quant à David Kalfon, il met en avant l’alignement de ses intérêts avec ceux de ses clients : « Notre société ne survit que par la satisfaction client. Je n’ai pas de plan B, tout ce que je possède est dans Amaïka. L’entrepreneuriat permet d’avoir une liberté d’agir importante et des circuits de décision courts. »

A la conquête de l’Europe
Autre donnée intéressante : 40 % des encours gérés par les sociétés de gestion entrepreneuriales le sont pour le compte d’investisseurs étrangers, qu’ils soient particuliers ou institutionnels, une proportion qui augmente d’année en année et qui s’explique aussi par l’atonie de
la collecte sur le marché français. « L’expertise française en matière de gestion est reconnue en Europe, notamment au Benelux, en Allemagne, en Suisse et en Italie…, constate Thomas Valli. Le dynamisme de la gestion pour compte de tiers devrait se poursuivre, notamment grâce au travail de la profession et la volonté désormais clairement affichée par l’AMF, et l’ensemble des pouvoirs publics, de renforcer la compétitivité de la place de Paris aussi bien pour créer des produits que pour les exporter. Un exemple significatif : la création d’un fonds est, par exemple, beaucoup plus rapide – dix-sept jours en moyenne en France – que dans la plupart des autres places, y compris le Luxembourg. »
Voici quelques exemples de sociétés de gestion entrepreneuriales créées ces dernières années : les motivations de leur création, le parcours de leurs dirigeants ou encore leur offre à destination des investisseurs.

Un marché de l’emploi dynamique
Aujourd’hui, les effectifs au sein des structures entrepreneuriales s’élèvent entre quatre mille et quatre mille cinq cents personnes, soit environ 30 % des effectifs de la profession. Des effectifs qui varient, selon les sociétés entrepreneuriales, de quelques personnes à plus d’une centaine, et qui sont majoritairement concentrés sur le cœur de métier, d’où l’importance en moyenne de la part des gérants, de nombreuses fonctions étant externalisées (valorisation, back-office…). En termes d’emploi, la dynamique est très positive puisque sur les cinq dernières années, leurs effectifs ont augmenté trois fois plus vite que le marché (estimé, quant à lui, à + 7 %).
D’ailleurs, côté recrutement, Claudio Arenas-Sanguinetti relève qu’
« il peut être plus difficile pour une petite société de gestion d’accéder à des talents qui trouvent plus de confort à évoluer dans un grand groupe. Nous observons un certain conformisme intellectuel dans ce domaine. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde : il existe toujours, heureusement, des gens qui veulent entreprendre ! »
Et cela semble particulièrement le cas si l’on en croit Ludovic Labal, associé chez Phileas AM, où des recrutements sont envisagés au niveau commercial et au sein de l’équipe de gestion :
« Intégrer une société de gestion entrepreneuriale attire. Nous recevons de plus
en plus de CV de salariés de grosses structures. Les perspectives sont attractives
en termes de rémunération, d’évolution de carrière, d’autonomie et de prises de responsabilités. »

❚ Benoît Descamps

 


MAJ le 28/01/2017